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Qui a tué Lady Winsley ?
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Qui a tué Lady Winsley ?" et de son tournage !

Un polar après le western

Après avoir réalisé le western My Sweet Pepperland, Hiner Saleem a eu envie de faire un polar à sa façon. Le metteur en scène explique : "Je suis un conteur avant tout, alors l’idée de genre fut un élan pour mon imagination, non une contrainte que je me serais imposée. Je voulais parler de la société turque et kurde d’aujourd’hui et des rapports entre les deux, sans être sentencieux sur le fond. C’est une histoire adressée à tout le monde, un sujet universel qui traite des rapports intemporels entre les hommes. L’humour, l’absurde et la folie accompagnent mes personnages, comme ils accompagnent chaque être humain qui veut vivre, ou qui tente de survivre."

Une goutte de sang

Qui a tué Lady Winsley ? possède des allures de vraie comédie policière qui n’est pas sans rappeler l’esprit des romans d’Agatha Christie. Si Hiner Saleem aime les films « noir » américains des années 1940 et 1950, il ne voulait pas s’amuser avec les codes du polar pour son nouveau film. Il se rappelle :

"Le point de départ a été une goutte de sang, celle que l’on retrouve dans l’œil de Lady Winsley et dont on devine qu’elle appartient au meurtrier. C’est au fil de l’écriture qu’une mécanique propre à cette histoire s’est imposée. Véronique Wüthrich, qui a écrit le scénario avec moi, aime les histoires à la « Agatha Christie ». C’est grâce à elle que s’est opéré, peut-être inconsciemment, ce glissement vers une ambiance plus feutrée, ce côté « rétro » qui m’a plu tout de suite. Le polar est un genre qui a été largement récupéré par la télévision au cours des dernières années, il nous fallait donc prendre des chemins de traverse, nés directement de l’imagination, pour trouver le ton juste à ce film."

Place de la femme en Turquie

Qui a tué Lady Winsley ? va au-delà de la simple enquête policière puisqu'il questionne également la place de la femme dans la société turque. Hiner Saleem a ainsi cherché à aborder de front la question de l’adultère dans une société conservatrice comme le Moyen-Orient. La femme infidèle y est systématiquement considérée comme coupable alors que c’est le contraire pour l’homme. Le cinéaste précise  :

"Son infidélité peut même participer à construire et imposer sa virilité. C’est ici une des conséquences d’un système patriarcal qui est peu ou pas discuté. Pour autant, je ne voulais pas verser dans l’analyse sociologique. Les prismes du polar et de la comédie convenaient donc parfaitement à mes intentions premières. Il y a quelque chose d’absurde dans cet adultère quasi généralisé à toutes les femmes de l’île, mais la réaction de leurs maris est aussi le marqueur d’un état d’esprit propre à cette société."

Victime américaine

Lady Winsley, la romancière assassinée, est Américaine. Hiner Saleem a fait ce choix parce qu'il ne voulait pas que la victime soit kurde ou turque. Le metteur en scène souhaitait aussi donner une dimension cosmopolite à l’histoire de Qui a tué Lady Winsley ?. "Lady Winsley a été correspondante du New York Times en Turquie pendant 10 ans. C’est une femme seule et solitaire dont la vie est entièrement dédiée à son travail de journaliste et d’investigatrice. Qu’elle soit étrangère lui donnait le recul nécessaire pour aborder librement et sans tabous les problèmes d’un pays qui n’est pas le sien. A travers elle, et aussi le personnage de l’inspecteur Fergan, je pouvais parler de la place des Kurdes dans la société turque", précise-t-il.

Le choix du cadre spatial

Dans un premier temps, Hiner Saleem avait imaginé situer l’action du film vers Antalya sur la côte méditerranéenne de la Turquie. Mais une fois sur place, le réalisateur s'est vite rendu compte que ces barres d’immeubles face à la mer offraient un décor trop moderne par rapport à ce qu'il voulait faire. C’est de retour à Istanbul qu'il a ensuite découvert l’île de Büyükada qui se trouve au beau milieu du Bosphore. Hiner Saleem se souvient :

"Je voulais un décor insulaire pour avoir ce sentiment d’être en quelques sortes pris au piège, sans échappatoire, et pour accentuer ce lien de consanguinité entre les gens qui vivent en petit nombre dans un endroit coupé du monde, à l’instar des villages. Cette île est un lieu hors du temps avec ses villas aux façades bigarrées. Les voitures n’y sont pas autorisées sauf celle de la police et une ambulance. Cette île a été majoritairement habitée par les Grecs et les Juifs jusqu’au milieu du siècle dernier. Elle est ensuite devenue le lieu de villégiature de la bourgeoisie istanbuliote. Aujourd’hui, deux tiers des maisons sont encore vides pendant l’hiver, et certaines d’entre elles n’ont pas été habitées depuis un demi-siècle, ce qui n’empêche pas des jardiniers ou des gardiens de veiller sur elles pour le compte des propriétaires ou de leurs héritiers."
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